COVID-19 : N’est-ce pas le moment de soutenir les travailleuses(rs) informels(les) et de reconnaître leurs droits en tant que citoyens actifs ?

L’économie informelle avec ses travailleuses(rs) rendent la ville plus dynamique, contribuent au fonds municipal, permet aux multinationales d’écouler facilement leurs biens et services. Ces travailleuse.rs vivent au jour le jour d’un emploi occasionnel dont dépendent plusieurs familles au Sénégal. Pour autant, depuis qu’on parle de la pandémie, le secteur informel n’a obtenu aucun soutien financier ou appui en matériels de la part de l’Etat alors que leur secteur est l’un des plus impactés.

Les travailleuses.rs de l’informel, des actif(ves) utiles à la société et à l’économie nationale.

Laissés(ées) pour compte alors que d’autres secteurs d’activités sont concrètement soutenus, les travailleuses.rs de l’informel se sont très vite organisés(ées) pour participer à la lutte contre la propagation de la pandémie. Malgré la précarité de leur travail, les récupérateurs et récupératrices de Mbeubeuss ont mobilisé des fonds propres pour se procurer des masques et en donner aux riverains.es de la décharge de Mbeubeuss à Malika, les restauratrices, les lingères et les marchandes de marché, pour ne citer que ces branches, respectent les mesures barrières. Par ailleurs, le travail informel a une fonction sociale et économique particulièrement dans les pays en développement comme le nôtre. Des citoyens sénégalais ont su créer leurs propres emplois face au chômage et au manque d’emploi. Cette économie offre des produits et des services accessibles et utiles, hausse le niveau de vie des ménages et les rend indépendants.

D’après la troisième édition du rapport Femmes et hommes dans l’économie informelle (9 janvier 2020) de l’Organisation Internationale du Travail, « en Afrique, 85,8 pour cent des emplois sont informels. 93 pour cent de l’emploi informel dans le monde se trouvent dans les pays émergents et en développement ». L’Enquête Régionale Intégrée sur l’Emploi et le Secteur Informel de 2017 de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANDS) estime la «proportion de l’emploi informel dans les secteurs non agricoles à 93,3 pour les hommes, 97,7 pour les femmes, 95,4 au Sénégal ».

Une gestion et une réglementation inclusives de l’espace public bénéficieraient à tous

Au Sénégal, où les systèmes de santé publique sont faibles et où l’emploi informel est important, le gouvernement doit agir dès maintenant pour protéger à la fois la santé et les revenus des populations les plus vulnérables et de leurs communautés. Pour trouver des interventions pratiques et appropriées, il doit, au niveau national et local, travailler sur un plan coordonné de réponses aux crises qui implique les groupes communautaires de base qui sont au premier plan des luttes quotidiennes de survie. Les associations de vendeurs de rue, les organisations de ramasseurs de déchets, les syndicats de gargotières, de domestiques et les réseaux de travailleurs à domicile doivent être considérés comme des partenaires.

C’est le moment de dialoguer sans tension et sans discrimination. Les expériences des récupératrices(eurs), des lingères, des vendeuses.rs de rue, des marchandes.ds de marché et des restauratrices, sont dignes d’intérêt. En lieu et place d’une approche répressive, il faudrait plutôt une écoute empathique et attentive avec comme unique préoccupation de bien comprendre les problèmes et les solutions proposées.

Il nous semble utile de :

· Impliquer les organisations de travailleuses.rs de l’Informel dans le processus de recherche de solutions adéquates et durables sur les difficultés récurrentes.

 · Mettre en place, avec les organisations de travailleuses.rs, un cadre unitaire qui les représente réellement face aux autorités étatiques et locales.

· Instaurer un dialogue, immédiatement après la crise sanitaire, autour du Haut Conseil du Dialogue Social et avec les organisations de travailleuses.rs de l’informel représenté.es par eux/elles-mêmes, pour réfléchir et trouver des solutions à une occupation régulière, organisée et inclusive de l’espace public.

· Elaborer un plan de travail cohérent, entre les autorités et toutes les parties prenantes, sur la formalisation des organisations de travailleuse.rs informels selon la Recommandation 204 de l’OIT et l’extension de la protection sociale à ces mêmes travailleuses.rs.

· Autoriser les travailleuses(rs) à retrouver leurs lieux de travail lorsque la crise est terminée. Cette dernière ne devrait pas être une opportunité à des restrictions permanentes. Car les sénégalais.es dans la précarité doivent continuer à vivre pour ne pas dire survivre en préservant et en augmentant leurs moyens de subsistances.

Par M. Adama Soumaré

adama.soumare@wiego.org

Coordinateur Dakar Ville Focale/WIEGO

(WIEGO acronyme anglais signifiant Femme dans l’Emploi Informel : Globalisation et Organisation)

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