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Elections, propagande et « fabrication du consentement »

La campagne des législatives 2022 s’achève. Les soutiens de chacune des 8 listes en lice ont pu sillonner notre pays qui s’est, à nouveau, par la sérénité et la mesure, montré fidèle à sa tradition démocratique. A la veille du scrutin il m’a semblé utile de proposer une certaine prise de hauteur et de partager quelques réflexions sur la tournure des débats. 

Dans le champ politique on pourrait être tenté de considérer que l’on invente assez peu de choses, en vérité ; tout aurait dit depuis Machiavel. Sur ce fondement, je me suis posé une question, somme toute, assez simple : de quoi ce positionnement politique d’une partie de l’opposition est-il le nom ? Quelles en sont les sources d’inspiration assumées ou même inconscientes ? 

Pour y répondre, je vous invite à une plongée éclairante dans quelques fondements théoriques de la propagande et du populisme. 

De BERNAYS à TRUMP…

Edward BERNAYS est, sans doute, le père du consumérisme américain. Neveu de Freud, influencé par Lippmann et Le Bon, il conceptualise, au début du siècle dernier, la notion de propagande. Pour Bernays, il est démontré que le groupe n’a pas les mêmes caractéristiques psychiques que l’individu, et qu’il est motivé par des impulsions et des émotions que les connaissances en psychologie individuelle ne permettent pas d’expliquer. Partant de là, il se pose une question aux implications particulièrement effrayantes : « Si l’on parvenait à comprendre le mécanisme et les ressorts de la mentalité collective, ne pourrait-on pas contrôler les masses et les mobiliser à volonté sans qu’elles s’en rendent compte ? ». Bernays se propose « d’organiser le chaos » à travers une exploitation des médias de masse – bien avant les réseaux sociaux ! – et des nouvelles techniques scientifiques pour « cristalliser l’opinion publique et façonner les consentements ». 

C’est dans cette filiation qu’il faut inscrire la propagande populiste d’aujourd’hui qui, quelque part, ne fait que mobiliser les nouveaux outils de communication du Web 2.0 sur ces mêmes schémas conceptuels éculés. 

C’est bien ce que l’on constate en s’intéressant aux mouvements de droite extrême partout à travers le monde. Le même triptyque revient comme une antienne : 

  • Imposer un thème clivant ;
  • Le promouvoir par la propagande ;
  • Recueillir les dividendes électoraux dans une société fracturée.

De Donald TRUMP aux USA au FPO en Autriche en passant par Marine le Pen et Eric ZEMMOUR, ce modèle ne semble connaître aucune exception. 

Trump avait réussi à instiller dans l’esprit de l’électeur républicain de base l’idée selon laquelle il n’y avait pas d’urgence plus grande que de protéger les américains de l’invasion étrangère, de la « vermine mexicaine » ou encore des « terroristes musulmans ». Il avait réussi à faire du projet absurde de la construction d’un mur entre les USA et le Mexique un objectif politique audible et populaire.

Plus récemment, Eric ZEMMOUR s’est posé, en France, en théoricien du grand remplacement, présentant la « France éternelle » comme étant en « danger de mort » face à l’invasion fantasmée des « sarrasins » portant un islam politique. L’urgence n’était donc plus d’apporter des réponses à la question du pouvoir d’achat mais plutôt de désigner un ennemi commun et d’imposer ce thème de campagne, envers et contre tous. N’eût été la guerre en Ukraine il y a fort à parier que la trajectoire électorale d’Eric ZEMMOUR eût été complétement différente.

A Vienne, même valse pour le FPO : le parti nationaliste autrichien a fait de la question migratoire l’alpha et l’oméga de sa stratégie politique. L’extrême droite détient désormais des ministères régaliens dans ce pays qui tend à devenir le cœur battant de l’extrême droite européenne.

Etrange filiation …

Revenons chez nous pour analyser la stratégie politique de cette frange de l’opposition dirigée par Ousmane SONKO à travers quelques points saillants de son positionnement :

  • A l’approche de chaque élection, la question de l’homosexualité est imposée au centre du débat par cette opposition ;
  • Un ethnicisme irresponsable est promu par des déclarations aussi abjectes que tonitruantes ;
  • Une dialectique du « us versus them » est installée en présentant l’ensemble des autres partis d’opposition comme corrompus et à la solde du parti au pouvoir ;
  • Toute la puissance de la propagande digitale est convoquée pour imposer ces thèmes nauséabonds.

Vous constaterez donc une étrange filiation idéologique : il s’agit là d’une forme de tropicalisation des mêmes ressorts perfides. « Mal nommer les choses c’est contribuer au malheur du monde » disait Camus. Alors disons-le clairement ; la stratégie politique d’Ousmane SONKO s’apparente de manière factuelle et documentée, à celle de l’extrême droite mondiale. Celle-là même qui se pose en dehors de l’arc républicain et contre laquelle les démocrates du monde entier s’érigent comme un seul homme.

La déconstruction est toute simple : aucun observateur sérieux ne peut raisonnablement reprocher à notre coalition et à son leader de promouvoir l’agenda LGBT. Cela n’a absolument aucun sens. Aucun Président de la République n’a été autant questionné sur ce sujet que le Président Macky SALL. Mais au-delà même de l’absurdité de l’assertion, posons-nous une question simple : quel père de famille sénégalais normalement constitué placerait cette question en tête de liste de ses préoccupations du moment ? Qui, parmi les acteurs politiques, a déjà été apostrophé, lors d’un porte-à-porte par exemple, par un concitoyen sur l’urgence de prendre cette « question » à bras le corps ? Personne. C’est l’exemple même d’une question qui ne fait débat que lorsque l’on décide d’en faire un débat et que l’on y pose le miroir grossissant de la propagande. 

Entendons-nous bien, loin moi l’idée d’amoindrir l’infamie que représentent les pratiques contre-nature que toutes les religions révélées abhorrent. Il y a un agenda LGBT mondial face auquel il faut faire preuve de vigilance. Mais je dis simplement qu’à l’heure où l’on nous promet les émeutes de la faim comme contrecoup de la guerre en Ukraine et, probablement, une crise énergétique de grande envergure, positionner le curseur des priorités sur ce sujet ne peut relever que d’une irresponsable tactique.

Aussi, la pente dangereuse de l’ethnicisme autour de laquelle le sieur SONKO a fini d’hystériser le débat public est le pendant local de la xénophobie Trumpienne. Comme une sorte de xénophobie de l’intérieur. Or, fracturer la société n’est pas un projet, c’est plutôt un crime politique. Espérer tirer un quelconque dividende électoral de ces procédés qui flattent les plus bas instincts est illusoire. Parmi les opérations primaires de l’arithmétique, deux sont inéligibles à l’action politique : la soustraction et la division. Autant dire les deux opérations préférées du leader autoproclamé de l’opposition. Diviser la société et soustraire de l’opposition toutes les obédiences qui ne lui plaisent pas…

A l’évidence, Ousmane SONKO s’y connait en « fabrication du consentement », dans la sphère privée, comme dans la sphère publique… mais nous avons confiance. Car la maturité démocratique du peuple sénégalais n’a jamais été démentie. Il saura distinguer le bon grain de l’ivraie. Dans ces temps incertains, il saura préférer la stabilité institutionnelle à la loterie piégeuse de l’amateurisme. Je le crois profondément. Quoiqu’il en soit, nous ne ménagerons aucun effort pour mettre en lumière la réalité de l’alternative proposée par une certaine opposition. Pour que tout choix se fasse en parfaite connaissance de cause.