SÉNÉGAL LEADERSHIP FORUM OU QUAND LE PAYS DE LA TERANGA MET AU JOUR SES OPPORTUNITÉS

Ce Forum organisé à Paris par la plateforme de recrutement Talent2Africa a permis aux jeunes de plusieurs diasporas d’être au plus près des transformations d’un pays décidé à jouer la carte de l’émergence.

« Venez vite investir au Sénégal ! » lançait en décembre 2018 à Paris le président sénégalais Macky Sall à un parterre de responsables politiques, d’entreprises et de bailleurs de fonds. Un appel bien reçu puisqu’il avait obtenu 14 milliards de dollars d’engagements pour la phase 2 du Plan Sénégal Emergent (2019-2023). On pourrait résumer l’événement Senegal Leadership Forum de ce 5 juillet, organisé par la plateforme de recrutement Talent2Africa, par une autre injonction : « Venez vite travailler au Sénégal ! » Quelque 350 participants, une quinzaine de partenaires et sponsors (dont Société générale, Vinci Énergies, Kantar), 4 tables rondes… Ce forum donne l’occasion d’« ouvrir les yeux sur le Sénégal d’aujourd’hui, qui n’est plus le même qu’il y a cinq ou dix ans ! C’est important pour les investisseurs, mais aussi pour les Sénégalais de la diaspora qui souhaitent explorer les opportunités d’emplois ou d’affaires au Sénégal », glisse Djiby Diagne, directeur du pôle des projets du bureau opérationnel de suivi du Plan Sénégal Emergent (PSE) – un plan initié en 2014 pour, notamment, accélérer les transformations structurelles au pays de la Téranga*.

Énergie : le bond en avant

Au cours de ce forum, la réalité du Sénégal post-PSE a été esquissée à travers des réalisations dans trois secteurs : les infrastructures, l’énergie et l’économie numérique. En matière d’énergie, le « Sénégal tire vers le haut l’accès aux énergies renouvelables », a noté Marie-Andrée Truchi, directrice des ventes pour l’Afrique de l’Ouest pour la société de générateurs électriques Wartsila. Sur les 1 000 MW de capacité installée, plus de 20 % sont issus des énergies vertes. Outre les projets de centrales solaires, le financement du plus grand parc éolien d’Afrique de l’Ouest à Taiba Ndiaye, dans la région de Thiès, a été bouclé en juillet 2018. « Il y a aujourd’hui un gap entre les grands projets qui ne seront pas tous opérationnels immédiatement et les petits projets locaux à base de kits solaires dans les zones plus reculées, et c’est ce gap que viennent combler les énergies fossiles », a ajouté Thierry Barbaut, directeur Stratégie Numérique à l’Agence des Micro Projets, contributeur pour l’Institut Montaigne, en référence à la découverte de pétrole offshore en 2014, puis de gisements de gaz en 2017.

Les divers projets mis en œuvre ont permis de « redresser le secteur de l’énergie, en passant de 912 heures de coupure de courant par an en moyenne en 2011, à 50 heures en 2018 », relève quant à lui Djiby Diagne. Un facteur essentiel « pour rendre les entreprises compétitives » qu’il impute directement au PSE. « Le rôle du Plan Sénégal Emergent, que ce soit par exemple dans l’énergie, les infrastructures, les télécoms, est de définir les orientations stratégiques. Nous partons du diagnostic établi en 2013 et nous fixons la perspective à atteindre à dans les cinq ans, les dix ans, et à l’horizon 2035 », précise le chef du pôle des projets du PSE.

Les entreprises françaises parties prenantes

Énumérant des indicateurs prometteurs (7 % de croissance économique en 2017, un taux de bancarisation à plus de 20 % en 2018 qui a doublé depuis 2012, un déficit public inférieur à 3 %), le président du Medef Afrique, Patrice Fonlladosa, a pointé le « chemin constant d’amélioration » pris par le Sénégal. « Les entreprises françaises ont l’intention de participer à ce développement sans précédent », a-t-il ajouté. La dynamique est déjà bien engagée. Non seulement la France reste le premier fournisseur du Sénégal dans cette phase de grands chantiers (avec des exportations en hausse de 16,6 % entre 2016 et 2017), mais ses entreprises sont aussi présentes. À titre d’exemple, le TER (Train express régional) entre la capitale sénégalaise Dakar et la ville nouvelle Diamniadio, inauguré mi-janvier, implique, à diverses étapes de la réalisation du projet, Alstom, Eiffage, Engie, Ineo, Thalès, ainsi que la RATP et la SNCF. Le représentant Afrique subsaharienne de cette dernière, Frédéric Bardenet, était d’ailleurs présent. Ne manquant pas d’évoquer « un chantier qui progresse très vite » et une mise en service « dans quelques mois », histoire de couper court à d’éventuelles controverses sur le coût et le délai de livraison du train, il aussi insisté sur « l’accompagnement, en parallèle, de l’État dans la montée en compétence des centres de formations sénégalais ». Huit cents postes sont à pourvoir dans le cadre de l’exploitation de la ligne Dakar-AIDB (Aéroport international Blaise-Diagne, le deuxième tronçon prévu par le projet). À ce jour, 26 000 candidatures ont été reçues.

Appels du pied à la diaspora sénégalaise

Dans ce Sénégal en pleine mutation, la question des compétences est cruciale. Selon le M. Afrique du Medef, Patrice Fonlladosa, « le manque de cadres qualifiés » est un des points à améliorer au Sénégal avec la sécurisation juridique des investissements. Un aspect auquel étaient particulièrement attentifs les jeunes participants de l’assemblée, tirés à quatre épingles, et pour la plupart issus de la diaspora sénégalaise en France. « Il y a une tendance au retour au pays, que ce soit pour travailler dans le public, le privé, ou dans l’entrepreneuriat. On observe cet intérêt chez des jeunes de 25 à 40 ans qui n’ont pas forcément vécu dans le pays d’origine de leurs parents », explique Djiby Diagne, lui-même issu de la diaspora sénégalaise à travers le monde, et retourné à Dakar en 2013 dans le cadre du PSE. Et de préciser, à toute fin utile, les types de profils recherchés actuellement dans le cadre de ce plan : ingénieurs (maintenance aéronautique, soudure sur les plateformes pétrolières et gazières), experts en structuration technique et financière de projets, ou médecins spécialisés (oncologie, traitement des grands brûlés, urgentistes).

Le financement des start-ups et PME en question

« La compétence est le premier défi. Si on prend le numérique, nous avons des structures au Sénégal, mais le cursus n’a pas été révisé à l’aune du digital et le système d’apprentissage n’est pas assez structuré. Par ailleurs, quand ces compétences existent, elles sont absorbées par le marché international. Il y a donc, là aussi, un effort à fournir pour les retenir », abonde Ibrahima Nour Eddine Diagne, directeur général de Gainde 2000, l’entreprise leader au Sénégal dans le domaine des TIC. Les métiers liés à l’économie du numérique, et l’un de ses corollaires, le financement et l’accompagnement des start-up dans les nouvelles technologies, ont suscité un flot de questions dans la salle. Et pas mal de frustrations. Plusieurs jeunes participants ont pointé le manque de synergie entre les divers dispositifs, leurs difficultés à s’y retrouver, ou plus simplement le fait de ne trouver aucun appui à la création de TPE ou PME. « Il y a encore beaucoup d’entreprises qui n’accèdent pas à des financements » a reconnu Jérémy Hajdenbert, directeur général d’I&P, qui intervient notamment à la phase d’amorçage des projets de PME, « pour montrer que les entreprises sont investissables ». « Mais qui veut bien financer l’échec ? » a lancé, provocateur, Ibrahima Nour Eddine Diagne. Selon lui, « les logiques de financement restent encore trop traditionnelles et ne permettent pas de régler les problèmes, en s’adressant à ceux qui ont déjà des solutions. C’est ce qui crée cette distorsion entre les dispositifs présentés aux jeunes lors du forum et leur perception. On oublie que la première étape dans l’entrepreneuriat, c’est l’échec. Cela fait partie du cheminement vers la réussite et il faut pouvoir l’accompagner ». Rappelant que le numérique est un secteur-clé au Sénégal (l’économie repose en grande partie sur les services) et que le gouvernement pousse les jeunes à s’orienter vers la création de jeunes pousses dans l’innovation, il préconise de remodeler le système formation, avec « des approches innovantes ». « Pourquoi ne pas créer une sorte de classe préparatoire à l’entrepreneuriat au lieu de former des managers, et des incubateurs très professionnalisés, dont sortiraient des entrepreneurs bancables et portables ? Les jeunes qui sortent des écoles de commerce ont des idées extra. Mais rien ne les pousse à aller vers leurs rêves », a-t-il constaté. Autre piste suggérée par Karim Sy, fondateur de Jokkolabs et membre du Conseil présidentiel pour l’Afrique : activer le mécénat. « Il y a de plus en plus de milliardaires en Afrique, mais il n’y a pas assez d’engagements. Mobiliser l’argent local est un sujet crucial », conclut-il. Autant d’éléments à avoir en tête pour tenter de résoudre l’équation d’un éventuel retour en Afrique, pour travailler, entreprendre, investir ou même étudier. 

lepoint.fr

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