Le Sénégal muscle sa politique de sécurité face aux installations chimiques à haut risque
Infosdakar- Le Sénégal vient de franchir une nouvelle étape dans la consolidation de son dispositif national de prévention et de gestion des risques liés aux substances dangereuses. Réunis à Dakar, autorités nationales, experts internationaux et partenaires techniques ont pris part à un colloque de haut niveau sur la sécurité des installations chimiques à haut risque, organisé dans le cadre du projet régional CBRN, avec le soutien de l’Union européenne à travers le programme SAFETIC, mis en œuvre par Expertise France.
Dans son discours d’ouverture, le ministre de l’Environnement et de la Transition écologique, représenté par le Colonel Papa Assane Ndiour, a salué l’engagement du Sénégal dans la sécurisation des matières chimiques, en soulignant l’urgence d’un cadre juridique solide et de capacités d’intervention renforcées. Il a rappelé que « le développement industriel et l’exploitation des ressources pétrolières et gazières nécessitent la mise en place de dispositifs adaptés aux nouveaux risques, dans un contexte où la prévention reste le meilleur outil de gestion des catastrophes. »
Le ministre a également évoqué les progrès réalisés grâce au projet CBRN : formation de personnels, élaboration de textes réglementaires, acquisition d’équipements spécialisés, mais aussi mise en place de plans d’urgence locaux et nationaux. Ces efforts visent à éviter la répétition de tragédies comme l’explosion de la SONACOS en 1992, qui reste un traumatisme collectif encore vivace.
L’Union européenne soutient la structuration d’un écosystème sécuritaire
Au nom de l’Union européenne, M. Christophe Casas, attaché régional en charge des réponses aux crises, a félicité le Sénégal pour son engagement exemplaire dans le projet CBRN. Il a salué l’élaboration d’un projet de loi sur le transport de matières dangereuses et l’adoption du Plan d’action national CBRN en 2022, deux jalons importants vers une meilleure gouvernance du risque chimique. « Le Sénégal a su mobiliser l’ensemble de ses parties prenantes, du public au privé, pour bâtir une culture de sécurité pérenne. L’Union européenne continuera de soutenir cette dynamique », a affirmé M. Casas, tout en appelant à la signature rapide de l’arrêté instituant officiellement l’équipe nationale d’experts CBRN. Il a également mis l’accent sur l’importance des exercices de simulation, tels que celui prévu dans la zone franche industrielle de Mbao, pour tester l’efficacité des mécanismes d’intervention.
Des risques croissants face à des moyens limités : la priorité à la prévention
Baba Dramé, directeur de la Réglementation environnementale et de la gestion des risques au ministère, a pour sa part mis en garde contre l’ampleur des risques auxquels le pays est confronté. « Les capacités d’intervention de nos États sont limitées. Il est donc crucial de miser sur la prévention », a-t-il déclaré, en s’appuyant sur des exemples récents comme l’explosion à Kaloum (Guinée) en 2023 ou la catastrophe de Beyrouth en 2020. M. Dramé a insisté sur le rôle du projet SAFETIC, qui soutient la mise à niveau des installations industrielles, l’harmonisation réglementaire et la montée en compétences des acteurs. Il a appelé à une implication plus forte du secteur privé, rappelant que la sécurité est un enjeu transversal qui concerne aussi bien l’environnement que la santé publique, l’économie et la stabilité sociale.
Vers une stratégie nationale intégrée de gestion des risques chimiques
Ce colloque a permis un diagnostic complet de la situation du Sénégal en matière de sécurité chimique, tout en esquissant les contours d’une stratégie nationale intégrée. Parmi les recommandations phares : la finalisation des textes réglementaires, la sensibilisation des entreprises industrielles, la formation continue des premiers intervenants, et la7 coopération régionale pour une réponse transfrontalière efficace. La rencontre de Dakar marque une étape importante dans la structuration d’un écosystème de sécurité chimique résilient au Sénégal. À l’heure où le pays accélère son industrialisation, ce chantier s’impose comme une priorité pour préserver les vies humaines, les écosystèmes et les infrastructures vitales.

