Manifestations en Iran: la répression et la surveillance des réseaux sociaux s’accentuent
En Iran, la police a annoncé une campagne d’arrestations alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu dans plusieurs quartiers de Téhéran mais aussi en province. Selon un décompte des médias officiels, douze personnes ont été tuées. D’après une ONG iranienne basée à l’étranger, plus de 500 personnes ont été arrêtées.
Le chef de la police a annoncé une vaste opération d’arrestations des leaders des manifestations sur le terrain. Il n’a donné aucun chiffre mais de nombreuses arrestations ont eu lieu en province mais aussi à Téhéran, rapporte notre correspondant à Téhéran, Siavosh Ghazi.
Ce même responsable a affirmé que des personnes qui incitaient sur les réseaux sociaux à descendre dans la rue ont été identifiées et certaines ont été arrêtées. Selon les médias, une quarantaine de personnes ont été présentées à la justice.
« Fauteurs de troubles et agents de l’étranger »
Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé samedi 3 janvier que le pouvoir agira contre ceux qu’il a qualifiés « de fauteurs de troubles et d’agents de l’étranger ».
Ces annonces ont été faites alors que de nouvelles manifestations ont eu lieu dans plusieurs quartiers populaires de Téhéran mais aussi dans au moins une trentaine de villes de province.
Le mouvement de contestation, commencé le 28 décembre avec la grève des commerçants du bazar, semble prendre de l’ampleur et se radicaliser avec des slogans de plus en plus durs contre le pouvoir.
Le régime joue à la fois l’apaisement et la fermeté
Depuis le début, le régime joue l’apaisement, reconnaissant des « revendications légitimes » liées aux difficultés économiques, tout en avertissant qu’il fera preuve de fermeté face aux « émeutiers ». Dimanche, le gouvernement a annoncé une aide mensuelle de 10 millions de rials, soit environ six euros par personne et pendant quatre mois, qui vise à « réduire la pression économique sur la population ». De nombreux experts affirment que cette nouvelle politique va provoquer une inflation encore plus importante.
Avec 10 millions de rials, on peut acheter un kilo de viande ou quatre à cinq kilos de poulet, une aide largement insufisante, en particulier pour les familles pauvres ou moyennes. Ce qui risque de mettre de l’huile sur le feu de la contestation. Le salaire moyen en Iran, un pays qui compte 86 millions d’habitants, est d’environ 170 euros par mois, et le salaire minimum d’environ 85 euros par mois.
Ces trois derniers mois, le prix du poulet a augmenté de 50% à la suite de la suppression des 10 milliards de dollars de subventions par an pour l’importation de certains produits de consommation courante, notamment le riz, le sucre ou la viande congelée, mais aussi des denrées pour les élevages de bétail et du poulet. Jusque-là, un petit nombre de marchands avaient le monopole de l’importation de ces produits en recevant des dollars à un taux trois à quatre fois moins cher que sur le taux du dollar sur le marché libre. Ce qui a provoqué une grande corruption. Certains vendaient ces produits importés au prix fort ou n’importaient tout simplement pas les produits.

