Kwibuka 31 à Dakar : Quand le devoir de mémoire unit les peuples
Ce 7 avril , Dakar a vibré au rythme de la mémoire et de la solidarité à l’occasion de la 31e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsis au Rwanda. En présence de la communauté rwandaise vivant au Sénégal, des autorités nationales, du corps diplomatique et de nombreux citoyens engagés, une cérémonie empreinte d’émotion et de dignité a rendu hommage aux victimes de l’une des plus sombres tragédies du XXe siècle.
Appelée Kwibuka, signifiant « se souvenir » en kinyarwanda, cette commémoration annuelle est bien plus qu’un rappel historique : elle est un acte de conscience collective, un engagement pour que jamais l’humanité ne retombe dans les abîmes de la haine. Au cœur de l’événement, les mots de l’ambassadeur du Rwanda au Sénégal, Festus Bizimana, ont profondément marqué les esprits. Évoquant la douleur persistante des survivants et la nécessité de détruire les fondements de la haine, il a rappelé que le génocide de 1994 n’est pas né du hasard, mais d’une idéologie mûrement construite, orchestrée par des forces politiques et médiatiques complices. Il a également souligné les responsabilités historiques liées à la colonisation, qui a instrumentalisé l’ethnie pour diviser et mieux dominer. Sans jamais perdre de vue la lumière au bout du tunnel, le diplomate a mis en avant la transformation remarquable du Rwanda : un pays qui, au lieu de se replier sur ses blessures, a choisi la voie de la réconciliation, de la reconstruction et du progrès. Son hommage au capitaine sénégalais Mbaye Diagne, tombé en sauvant des vies lors du génocide, a été salué par tous comme un symbole de bravoure universelle.
Le Sénégal, par la voix du Général Jean-Baptiste Tine, ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, a renouvelé son soutien fraternel au peuple rwandais. Rappelant que le drame rwandais a ébranlé toute l’Afrique, il a insisté sur l’importance de faire de cette mémoire une force pour construire un continent uni, où les différences ne seront plus jamais des prétextes à la violence. Il a également salué les efforts internationaux visant à faire reconnaître pleinement le génocide contre les Tutsis, citant notamment la résolution 2150 du Conseil de sécurité des Nations Unies, la création de la médaille Mbaye Diagne, et l’institution par l’Union africaine d’une journée continentale de commémoration le 7 avril.
Au-delà des discours, ce moment de recueillement a surtout été l’occasion de rappeler que la mémoire n’a de sens que si elle éclaire le présent et guide l’avenir. La tragédie rwandaise nous enseigne qu’aucune société n’est à l’abri lorsque la haine prend racine. C’est pourquoi les valeurs de tolérance, de vérité, de justice et de paix doivent être transmises avec rigueur aux générations futures.
Aujourd’hui, le Rwanda est cité en exemple à travers le monde pour sa stabilité, ses performances économiques et son modèle de gouvernance. Ce redressement spectaculaire n’efface pas le passé, mais il témoigne de la force d’un peuple qui a su transformer la douleur en espoir. Comme l’a si bien dit l’ambassadeur Bizimana : « Ceux qui croyaient avoir enterré le Rwanda ne savaient pas qu’ils plantaient une graine. »
La cérémonie s’est achevée dans une ambiance de fraternité entre les peuples rwandais et sénégalais, unis par des liens historiques et une volonté commune de bâtir une Afrique de paix, de solidarité et de résilience.
Kwibuka, se souvenir, devient ainsi un acte d’engagement universel : pour la dignité humaine, pour la justice, et pour la vie.

