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Gandiol sur les traces de son passé : entre vestiges, traditions orales et débats scientifiques

Ndïébène Ganjool , La journée s’est ouverte par une visite de terrain consacrée à deux sites emblématiques du patrimoine historique de Gandiol : le phare de Gandiol et le site de Balacosse, ancien espace d’occupation coloniale dont les bâtiments sont aujourd’hui en grande partie en ruine. Cette immersion sur les lieux de mémoire s’inscrit dans la dynamique du colloque international et pluridisciplinaire « Gandiol dans l’histoire », qui ambitionne de confronter les sources matérielles, orales et scientifiques.

Érigé en 1914, le phare de Gandiol constitue, selon les explications données par le président de l’Association AND SAMM COSSANU GANJOOL, un maillon essentiel d’un dispositif maritime mis en place pour réduire les accidents en mer et orienter les navigateurs. Le premier phare aurait été construit en 1846 au nord, suivi de celui de Gandiol en 1914, puis du phare de Ndar en 1863. Ces trois phares communiquaient entre eux, notamment avec Guet-Ndar, et relevaient du système de surveillance du fort de Saint-Louis, jouant un rôle stratégique dans la sécurisation de l’embouchure du fleuve Sénégal. Au-delà de leur fonction maritime, ces infrastructures soulèvent aujourd’hui d’importants enjeux sécuritaires et patrimoniaux. Consciente de cette valeur historique, l’Association AND SAMM COSSANU GANJOOL projette la création d’un musée-bibliothèque local, pensé comme un centre documentaire destiné à conserver et à valoriser le patrimoine de Gandiol. Le pont de départ de la Langue de Barbarie, axe structurant du territoire, s’inscrit également dans cette réflexion globale sur la mémoire des lieux. La visite s’est poursuivie sur le site de Balakoss, ancien fort militaire ancien lieu d’habitation des colons. Construit en 1845, le fort de Balakoss, également appelé Blockhaus, servait de base militaire principale et de dépôt de munitions et des correspondences. Des vestiges de canons coloniaux y subsistent encore, comme le canon colonial de surveillance de l’entree de l’embouchure au sud du village de Mouit Gandiol, témoignant de la surveillance exercée sur l’embouchure. Plusieurs intervenants ont plaidé pour la réhabilitation de ce patrimoine en péril, symbole d’une page déterminante de l’histoire locale. Sur place, un archéologue a apporté un éclairage technique sur la différenciation des portes des bâtiments, révélant les usages distincts de constructions pourtant situées dans un même périmètre. Les échanges ont également permis d’évoquer les causes de la bataille de Safilem ainsi que l’existence d’un cimetière de colons, contribuant à une lecture plus complète du passé colonial de la zone.

Les discussions ont par ailleurs donné lieu à des récits issus de la tradition orale. L’origine du nom « Sénégal » a ainsi été expliquée à partir du terme Sunugal, selon une version rapportée par l’imam de la localité. Les colons, arrivés à l’embouchure, auraient interrogé les habitants, croyant demander le nom de la pirogue, et ces derniers auraient répondu Sunugal. D’autres interventions ont rappelé le passage des Phéniciens à Gandiol, leur séjour prolongé en Afrique et leurs descriptions du fleuve Sénégal, confirmant le caractère anciennement stratégique de ce territoire.

Les dimensions géologiques et cosmologiques ont également été abordées. Il a été précisé que cette plage repose sur un quaternaire récent et que les coquillages observés sont des fossiles. En langage pharaonique, la mer était désignée par le terme Mouit, qualifiée de mer masculine en raison de son agitation modérée. Les anciens, quant à eux, s’orientaient grâce aux étoiles, au soleil et à la mer, illustrant une connaissance empirique fine de leur environnement. Parmi les récits transmis par les sages et les griots figure également l’histoire de Bacary II, présenté comme un navigateur originaire de Gandiol qui aurait atteint le continent américain avant Christophe Colomb. Un récit issu de la mémoire orale, qui alimente les débats et souligne la richesse des traditions locales, sans prétendre se substituer à l’analyse scientifique.

Après la visite des sites, les travaux ont repris en salle avec la poursuite des échanges sur l’histoire de Gandiol. Les débats ont notamment porté sur les fondements sociaux du village, la parenté et la solidarité qui ont toujours structuré la communauté, notamment à travers les cérémonies de circoncision et les pratiques d’allaitement, évoquées par les sages et les détenteurs de la tradition.
La journée s’est achevée dans une atmosphère conviviale avec une course hippique organisée dans le village de Panké, situé à Rao, en présence de l’ensemble des autorités communales. Une clôture festive qui illustre la volonté de conjuguer savoir scientifique, mémoire collective et expressions culturelles vivantes.

À Gandiol, l’histoire se lit à la fois dans les pierres, se raconte par les anciens et se questionne dans le débat scientifique. Une mémoire plurielle que ce colloque entend préserver et transmettre.