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Tensions dans le secteur aérien sénégalais : Les travailleurs de 2AS montent au créneau face aux ambitions d’Air Sénégal

Á l’occasion de la Fête du Travail, célébrée chaque année dans le monde entier, Alassane Ndoye, Secrétaire général du Syndicat unique des travailleurs des transports aériens et activités annexes du Sénégal, a livré un discours marqué à la fois par un rappel historique et par une prise de position ferme sur les enjeux actuels du secteur aérien national.

Insistant sur la portée symbolique du 1er mai, il a rappelé que cette journée tire son origine des manifestations de Chicago de 1886, au cours desquelles des ouvriers se sont battus pour l’instauration de la journée de travail de huit heures. Selon lui, cette commémoration ne saurait être réduite à un moment festif, mais doit demeurer un temps de réflexion sur les acquis sociaux et les défis auxquels sont confrontés les travailleurs dans un contexte en constante mutation. C’est précisément dans ce cadre qu’il a abordé la situation de la société 2AS, créée en 2017 à la faveur de l’ouverture de l’aéroport international Blaise Diagne. Présentée comme une réussite majeure du secteur, cette entreprise constitue aujourd’hui un pilier de l’assistance aéroportuaire au Sénégal et fait vivre près d’un millier de travailleurs. Toutefois, son avenir suscite de vives inquiétudes au sein des organisations syndicales.

En cause, la volonté prêtée à Air Sénégal, déjà détentrice de 49 % du capital de 2AS, d’accroître significativement sa participation, voire d’en prendre le contrôle majoritaire. Une perspective que les travailleurs perçoivent comme une menace, au regard des difficultés financières que traverse actuellement la compagnie nationale. Pour le responsable syndical, le risque est clair : une entreprise fragilisée pourrait entraîner dans son sillage une structure jusque-là stable et performante. Face à cette situation, le syndicat défend une vision alternative fondée sur l’ouverture du capital à des partenaires stratégiques capables d’apporter des ressources financières, du matériel et une expertise technique. Il ne s’agit pas d’exclure Air Sénégal de l’actionnariat, mais de préserver un équilibre garantissant la viabilité de 2AS. Les travailleurs réclament également le respect des engagements initiaux, notamment en matière d’actionnariat salarié, ainsi que la révision du pacte d’actionnariat.

Pour étayer son propos, Alassane Ndoye a évoqué l’exemple de Air Côte d’Ivoire, qui, selon lui, a su construire un modèle économique viable sans s’impliquer directement dans les activités de handling. Cette comparaison met en lumière les limites du schéma organisationnel adopté au Sénégal, que certains acteurs jugent inadapté dès sa conception. Dans ce contexte, la mise en place récente d’un comité à la Primature chargé de réfléchir à la relance d’Air Sénégal suscite des interrogations, d’autant plus que les représentants des travailleurs n’y ont pas été associés. Une absence que le syndicat déplore vivement, estimant que toute réforme du secteur devrait impérativement prendre en compte la voix des principaux concernés. Le ton du discours se veut sans ambiguïté : si les décisions à venir devaient compromettre les intérêts des travailleurs, ces derniers n’excluent pas de recourir à des actions de contestation. Cette position s’inscrit dans une logique de défense de l’emploi et de préservation de l’outil de travail, érigée en principe fondamental par l’organisation syndicale. Malgré ces tensions, le secteur du transport aérien sénégalais demeure, selon les acteurs syndicaux, relativement stable. Des avancées significatives ont été enregistrées ces dernières années, tant sur le plan salarial que social, avec des améliorations notables des conditions de travail, des politiques de recrutement et des dispositifs d’accompagnement des travailleurs.

Néanmoins, les mutations profondes que connaît actuellement le secteur imposent des choix stratégiques déterminants. Le devenir de 2AS apparaît ainsi comme un enjeu central, à la croisée des impératifs économiques et des exigences sociales. Dans ce contexte, le dialogue entre les autorités, les entreprises et les travailleurs sera décisif pour éviter une crise susceptible d’affecter durablement l’équilibre du transport aérien au Sénégal.