Accès au foncier, financement, équipements : Bintia Stephen Tchicaya alerte sur les défis des agricultrices sénégalaises
À l’issue d’une mission de terrain conduite dans les régions de Fatick, Kaolack, Kaffrine et Thiès dans le cadre du lancement officiel de l’Année internationale des agricultrices 2026, la Coordonnatrice sous-régionale de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest et Représentante par intérim de la FAO au Sénégal, Bintia Stephen Tchicaya, dresse un bilan encourageant des initiatives soutenues par son institution. Si elle se réjouit des progrès réalisés par les femmes rurales dans la transformation des systèmes agroalimentaires, elle rappelle que leur plein essor reste freiné par trois obstacles majeurs : l’accès à la terre, au financement et aux équipements.
« Nous sommes très satisfaits de ce que nous avons observé sur le terrain », affirme-t-elle. Selon elle, cette mission a permis de mesurer l’engagement remarquable des femmes dans la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles. Accompagnées par la FAO et ses partenaires, notamment l’Union européenne, le Canada, le Québec, l’Irlande et l’initiative de la Grande Muraille Verte, elles ne sont plus seulement bénéficiaires des formations, mais deviennent elles-mêmes des relais de connaissances auprès d’autres femmes et des jeunes.
Pour la responsable de la FAO, cet engouement est un signal fort. De nouveaux groupements souhaitent intégrer les programmes d’accompagnement, preuve que les résultats obtenus sur le terrain suscitent un véritable effet d’entraînement.
Malgré ces avancées, Bintia Stephen Tchicaya souligne que le principal défi demeure l’accès au foncier. « Dans plusieurs localités, les femmes demandent l’extension des périmètres agricoles existants, tandis que d’autres réclament simplement des terres pour produire », explique-t-elle. À cette difficulté s’ajoutent les contraintes liées au financement et au manque d’équipements adaptés.
Face à cette situation, la FAO encourage les organisations féminines à renforcer leur structuration et à élaborer des projets solides afin de faciliter la mobilisation de nouveaux financements.
La responsable annonce par ailleurs la volonté de la FAO d’étendre ces programmes à d’autres régions du Sénégal. L’objectif est d’accompagner davantage de femmes et de jeunes dans le développement d’une agriculture climato-intelligente, créatrice d’emplois verts. Elle cite notamment les exemples de femmes devenues pépiniéristes, productrices de semences ou vendeuses de plants, qui vivent désormais des revenus générés par leurs activités. De nouveaux projets seront également déployés le long de la Grande Muraille Verte avec l’appui du Fonds vert pour le climat, notamment dans les domaines de l’agroforesterie et de la valorisation des produits forestiers non ligneux.
Toutes ces interventions, précise-t-elle, s’inscrivent pleinement dans la Vision Sénégal 2050, qui fait de la souveraineté alimentaire une priorité nationale. « Investir dans une femme, c’est investir dans toute une famille et dans toute une communauté », insiste-t-elle.
Les effets sont déjà perceptibles dans plusieurs ménages ruraux. Certaines productrices vendent désormais leur gombo à 1 000 francs CFA le kilogramme et réalisent plusieurs récoltes par an. Là où le maraîchage ne durait autrefois que quelques mois, certaines exploitantes produisent aujourd’hui presque toute l’année, améliorant durablement leurs revenus et leurs conditions de vie.
Concernant l’accès des femmes au foncier, Bintia Stephen Tchicaya reconnaît que les résistances sont encore fortes en raison des réalités socioculturelles. Elle observe toutefois une évolution encourageante. Dans certaines communautés, les populations commencent à attribuer des terres aux femmes après avoir constaté l’impact économique positif de leurs activités. La FAO entend poursuivre son travail de sensibilisation afin d’accélérer ce changement de mentalité.
Interrogée sur les initiatives qui l’ont le plus marquée durant cette tournée, elle évoque le travail remarquable réalisé par les femmes de Némabah dans la restauration des mangroves et la valorisation de la filière des huîtres. Elle salue également les performances observées dans plusieurs fermes agroécologiques, où la qualité des productions biologiques témoigne du potentiel de ces nouvelles pratiques agricoles.
En conclusion, la responsable de la FAO lance un appel aux médias afin qu’ils continuent de mettre en lumière le travail des femmes rurales. Selon elle, leur contribution à la sécurité alimentaire, à la résilience des communautés et au développement durable mérite d’être davantage reconnue et valorisé.
Docko Dia

