LA CHRONIQUE DE MLD Vieira au révélateur du paradoxe sénégalais Par Mamadou Lamine DIATTA
Patrick Vieira démarre son aventure avec les Lions sur un nul et une victoire, disons 4 points engrangés sur 6 au compteur…Et pourtant les bouillants supporters sont dans tous leurs états. Les radicaux regrettent d’ailleurs Pape Thiaw pour la supposée qualité de son jeu. Le même Pape Thiaw tactiquement malmené par Rudi Garcia l’ancien coach de la Belgique en coupe du monde au moment où les Lions bénéficiaient d’un écart de deux buts à quatre minutes de la fin. Voilà en résumé le paradoxe sénégalais dans toute sa verdeur !
Vieira est donc prévenu : Ce public à la fois connaisseur et exigeant sait également être excessif. C’est quand même le propre de tous les supporters du monde entier de faire parler un certain chauvinisme mâtiné à une impatience dénuée de toute rationalité. De ce point de vue, on peut comprendre aisément l’attitude de ces chauds supporters récemment biberonnés à l’aide de deux trophées continentaux remportés de haute lutte au Cameroun(2022) et en terre marocaine (2026). Forcément, l’équipe nationale du Sénégal jouit d’une véritable notoriété pour bénéficier d’un standing enviable. Autrement dit, ce Sénégal classé 18 ème mondial par la FIFA, c’est du lourd. C’est ce qui explique d’ailleurs ces attentes quasi- irrationnelles. Beaucoup de Sénégalais ont tôt fait de surcoter les Lions. A tort ou à raison ? Voire.
Tout de même, le réalisme nous commande d’analyser avec froideur les résultats des deux premiers matchs officiels du nouveau Boss des Lions. Sur le plan comptable, il ne faut pas faire la fine bouche histoire de ne point cracher sur ce nul et cette victoire obtenus quoique dans la douleur au Mozambique et en Ethiopie. Dans ce contexte délicat de transition en douceur, ce n’est pas rien. Et puis, Vieira devrait d’ailleurs louer le ciel d’avoir démarré son odyssée avec les champions d’Afrique à l’extérieur. On tremble encore à l’idée de connaître la réaction des supporters si l’équipe avait débuté les éliminatoires de la prochaine CAN par un match nul au stade Abdoulaye Wade ou au Stade Senghor. C’était quand même possible d’autant qu’on assiste actuellement à un véritable nivellement des valeurs par le bas dans le football africain. Sous Cissé, la RDC avait d’ailleurs décroché un nul dans le temps additionnel au stade Abdoulaye Wade. Un résultat resté en travers de la gorge du grand public. Un tremblement de terre qui avait d’ailleurs précipité le limogeage d’Aliou Cissé.
Au football, il ne faut jurer de rien et Vieira est assez expérimenté pour savoir faire le dos rond dans les moments difficiles, encaisser avec l’humilité du moine les nombreuses critiques distillées ici et là et poursuivre allègrement un chemin qui sera sûrement parsemé d’embûches.
Les puristes fustigent déjà la pauvreté du jeu proposé le plus clair du temps au cours de ces deux premiers matchs. Mais cela s’explique quelque part. D’abord par des facteurs externes non maîtrisables comme ce champ de patates qui faisait office de pelouse à Maputo ou encore cette position géographique délicate de Bahir Dar (Ethiopie) située à 1800 mètres d’altitude au –dessus du niveau de la mer. Ensuite, le technicien franco-sénégalais découvre à peine les réalités du football africain sans occulter enfin l’absence de plusieurs cadres (Sadio Mané, Koulibaly, Ismaila Sarr, Elimane Ndiaye) ou encore cette pilule difficile à avaler de la brutale décision du portier Edouard Mendy qui a récemment mis un terme à sa carrière internationale. Forcément avec de tels impondérables, le bloc manquait carrément d’automatismes. Résultat, un collectif pas du tout au point avec un décousu et des joueurs physiquement émoussés en ce début de saison. Tout est lié.
Il ya donc un nouveau technicien et un nouveau projet de jeu par ricochet. Le dispositif, tel un aéronef, prendra sûrement du temps pour atteindre sa vitesse de croisière avec une marge de progression évidente.

