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IDRISSA SECK : VEUT-IL SAUVER LE SÉNÉGAL OU SAUVER SA PROPRE CARRIÈRE POLITIQUE ?PAR BOUBACAR TALL

Au moment où le Sénégal fait l’expérience d’une confrontation institutionnelle qui pourrait consacrer une véritable séparation des pouvoirs, Idrissa Seck choisit de revenir sur la scène politique dans le rôle qu’il semble affectionner : celui du sauveur providentiel.

Il dénonce le populisme, la dégradation des notes souveraines, les querelles politiques et une crise institutionnelle qu’il juge plus grave encore que la situation économique. Mais au-delà de ce diagnostic alarmiste, que propose-t-il concrètement aux Sénégalais ?

Quel programme ? Quelle stratégie de redressement ? Avec quelles ressources, quelles forces politiques et surtout quelle légitimité populaire ?

Car il est un fait qu’Idrissa Seck semble vouloir oublier : à la présidentielle de mars 2024, les Sénégalais lui ont accordé à peine 0,90 % des suffrages exprimés. Un désaveu électoral dont on ne saurait effacer la portée par quelques déclarations spectaculaires.

Et que dire de son passé politique ?

Les Sénégalais n’ont pas oublié les accusations publiques d’Abdoulaye Wade contre son ancien Premier ministre, les controverses autour des chantiers de Thiès, les accusations de « coup d’État rampant » et les multiples recompositions d’alliances qui ont jalonné son parcours. Si l’affaire judiciaire des chantiers de Thiès s’est soldée par un non-lieu, les interrogations politiques et morales suscitées par cette époque demeurent dans la mémoire collective.

Idrissa Seck espère-t-il aujourd’hui retrouver une virginité politique en dénonçant les dérives de ceux qui gouvernent ?

Plus troublant encore, il évoque la dégradation économique du Sénégal sans placer au centre de son analyse la question fondamentale de la dette publique, notamment les engagements antérieurement dissimulés, dont les conséquences pèsent lourdement sur les finances nationales.

Comment prétendre sauver le Sénégal sans expliquer comment alléger le poids de cette dette, rétablir les équilibres budgétaires, préserver le pouvoir d’achat et financer les priorités sociales ?

Il parle de la jeunesse, des femmes et des forces vives de la Nation, sans préciser suffisamment le rôle qu’il entend leur assigner ni les mécanismes de leur participation.

À ce stade, son offre ressemble davantage à une déclaration d’intention qu’à un véritable projet de redressement national.

Mais une autre interrogation mérite d’être posée.

Dans le contexte des tensions politiques entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye, Idrissa Seck chercherait-il à exploiter les contradictions de la majorité pour se rapprocher du président de la République et retrouver une place dans les sphères de décision ?

Ce n’est qu’une hypothèse politique. Mais son parcours autorise à poser la question.

D’autant que certains de ses anciens compagnons politiques, notamment Abdourahmane Diouf et Déthié Fall, participent aujourd’hui à l’exercice du pouvoir.

La scène politique sénégalaise est suffisamment riche en retournements pour que l’on s’interroge sur la finalité réelle de cette nouvelle offensive.

Idrissa Seck serait-il davantage préoccupé par le redressement national ou par son propre repositionnement ?

À cet égard, il donne parfois le sentiment d’être davantage un amuseur de la scène politique qu’un véritable porteur d’alternative.

Et le paradoxe est saisissant : il dénonce le populisme, implicitement associé à Ousmane Sonko, tout en se présentant lui-même comme un recours providentiel, sans exposer avec précision les moyens de ses ambitions.

N’est-ce pas là une autre expression de cette démagogie qu’il prétend combattre ?

Il semble surtout sous-estimer une transformation majeure du paysage politique sénégalais.

La victoire de PASTEF et de ses alliés en 2024 a montré la puissance d’une mobilisation populaire et militante qui a contribué à remettre en cause les mécanismes traditionnels de conquête du pouvoir, notamment le clientélisme, les réseaux d’influence et l’achat des consciences.

Certes, ces pratiques n’ont pas disparu. Mais une génération nouvelle de citoyens a démontré qu’une mobilisation politique fondée sur l’engagement, la conviction et la participation militante pouvait bouleverser les rapports de force.

Idrissa Seck, dont la carrière s’est construite dans l’ancien système, a-t-il véritablement pris la mesure de cette mutation ?

À l’ère des réseaux sociaux, où la désinformation et les manipulations rivalisent avec une circulation sans précédent des archives et de l’information, les responsables politiques ne disposent plus du monopole du récit de leur propre histoire.

La répétition d’un discours ne suffit plus à en établir la vérité. Et l’ancienneté dans les affaires publiques ne confère aucune légitimité automatique à prétendre sauver la Nation.

Enfin, il faudrait rappeler une évidence : une Assemblée nationale qui exerce ses prérogatives face au pouvoir exécutif ne constitue pas nécessairement le symptôme d’une République malade. Elle peut aussi témoigner d’une démocratie qui apprend à faire vivre la séparation des pouvoirs.

Le Sénégal a besoin d’une opposition sérieuse, d’institutions responsables, de propositions économiques crédibles et d’un débat public débarrassé autant que possible des invectives et des manipulations.

Il n’a pas besoin d’un nouveau sauveur autoproclamé.

Idrissa Seck conserve naturellement le droit de nourrir des ambitions politiques. Mais il ne saurait demander aux Sénégalais d’oublier son parcours, d’ignorer le verdict des urnes et de lui accorder une confiance renouvelée sur la seule promesse d’un salut national.

On ne retrouve pas une virginité politique en proclamant la faillite de ses adversaires. On reconquiert la confiance du peuple en assumant son passé et en présentant un projet crédible.

Dès lors, une question s’impose au citoyen collectif :

IDRISSA SECK VEUT-IL VÉRITABLEMENT SAUVER LE SÉNÉGAL OU CHERCHE-T-IL, UNE FOIS ENCORE, À SAUVER SA PROPRE CARRIÈRE POLITIQUE ?