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SUR DES SENTES DE LA POLITIQUE : Deux légitimités, un seul pays

Le Sénégal n’avait jamais connu de cohabitation au sein d’un même camp. Celui qui dit avoir fait élire le président de la République préside désormais l’Assemblée nationale, et le président de la République gouverne avec un Premier ministre que le parti de son ancien allié a refusé de rejoindre. Le 22 mai, un décret a mis fin à deux années de tandem. Quatre jours plus tard, le limogé s’asseyait au perchoir. On a parlé de rupture ; c’est plutôt un divorce où les deux époux gardent la maison.

Chacun détient ce que l’autre n’a pas. Le Pastef a les députés, donc la loi, le budget et la menace de la censure. Le chef de l’État a l’administration, les finances et une arme, la dissolution, que la Constitution lui refuse encore, mais plus pour longtemps. Deux légitimités se font face, chacune avec ses raisons, aucune avec la totalité. Et chacune a compris que celui qui bouge le premier perd.

Ce calcul inquiète plus que la querelle. Le pays n’est pas un échiquier. La session parlementaire s’ouvre le 13 octobre avec une loi de finances rectificative toujours attendue, une loi de finances 2027 à examiner, une proposition de loi sur le pétrole que le Conseil constitutionnel vient de déclarer irrecevable. Pendant ce temps, l’eau est montée à Dakar, des familles ont enterré les leurs, la rentrée des classes a dû être repoussée. La pluie ne distingue pas les camps. Les caniveaux bouchés se moquent de la motion de censure comme de l’article qui régit la dissolution.

On dira que chaque camp défend un projet. Soit. Mais un projet que l’on empêche l’autre de mener n’est plus qu’une position. Gouverner demande d’accepter de perdre parfois un arbitrage pour que l’État continue d’avancer. Les deux parties semblent avoir oublié cette règle simple : la majorité n’est pas un droit de blocage, et l’exécutif n’est pas un pouvoir sans contrepoids.

Reste la dissolution, que certains appellent comme on appelle l’orage. Elle trancherait peut-être, mais elle ne guérirait rien si elle n’était qu’une revanche. Les urnes rendent un verdict, elles ne réconcilient personne.

Le Sénégal a traversé des épreuves plus rudes, dans la rue comme dans les institutions, et il s’en est toujours sorti grâce à ceux qui, au dernier moment, ont préféré l’État à l’orgueil. C’est cette retenue qu’on attend aujourd’hui. Le peuple a voté pour un changement, pas pour un feuilleton.

Moustapha DIAO