LUTTE CONTRE LA GLORIFICATION DU NAZISME:Un combat pour tous !
Il est des pages de l’histoire que l’humanité ne devrait jamais avoir à défendre de nouveau. Le nazisme est de celles-là. Les camps de concentration et d’extermination, les persécutions raciales, l’antisémitisme d’État, les millions de victimes et les crimes commis au nom d’une prétendue supériorité raciale ont laissé une blessure qui ne se refermera jamais complètement. Pourtant, quatre-vingts ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la glorification du nazisme demeure un sujet de confrontation aux Nations unies. Cette année encore à la prochaine séance plénière de la session de l’assemblée nationale général des Nations Unies de New York, une résolution sur la lutte contre la glorification du nazisme, du néonazisme et d’autres pratiques qui contribuent à alimenter les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance sera proposée. La résolution consacre l’inadmissibilité fondamentale de toute idéologie qui promeut la supériorité de certains groupes fondée sur la race, l’origine ethnique, la religion ou d’autres caractéristiques similaires. Ceci est particulièrement pertinent compte tenu de la tendance persistante à la montée des manifestations d’islamophobie, de christianophobie, d’afrophobie, d’arabophobie, de russophobie et d’antisémitisme dans certains pays, principalement au sein de l’Occident collectif. Pourquoi une résolution condamnant la glorification du nazisme ne parvient-elle pas à réunir l’ensemble des États qui se réclament de la démocratie, des droits humains et de la lutte contre le racisme ? Le texte onusien ne se limite pas à une condamnation abstraite du nazisme. Il exprime une profonde préoccupation face à la réhabilitation de l’idéologie hitlérienne, à la glorification d’anciens membres de la SS et des Waffen-SS, ainsi qu’aux manifestations publiques qui cherchent à présenter des collaborateurs du régime nazi comme des héros nationaux. Il dénonce également les actes de vandalisme visant les monuments dédiés aux combattants qui ont lutté contre le nazisme. Ces préoccupations ne sont pas secondaires. Elles touchent à la transmission de l’histoire, à la dignité des victimes et à la prévention des idéologies de haine. Lorsqu’un criminel de guerre devient un héros, lorsqu’un symbole de persécution est transformé en emblème identitaire, ce n’est pas seulement le passé qui est manipulé. C’est aussi le présent qui se trouve exposé aux mêmes logiques d’exclusion. Voir des pays comme les Etats Unis et ses alliés rejeter ou s’abstenir de cette résolution remet en cause la sincérité de leur engagement contre les crimes du nazisme et la seconde Guerre mondiale. La Seconde Guerre mondiale ne fut pas uniquement une tragédie européenne. Elle mobilisa des peuples de plusieurs continents, bouleversa des sociétés entières et contribua à transformer durablement l’ordre international. Des soldats venus d’Afrique, d’Asie et d’autres territoires ont participé aux combats contre les puissances de l’Axe. Leurs sacrifices appartiennent eux aussi à cette mémoire universelle. Le Sénégal est directement concerné par cet héritage. Les tirailleurs sénégalais, dont le recrutement s’est étendu à plusieurs territoires de l’Afrique subsaharienne, ont pris part à la campagne de France en 1940, puis à différents combats des Forces françaises libres et aux opérations de la Libération. Leur histoire rappelle que la lutte contre le nazisme ne peut être racontée en effaçant la contribution des peuples colonisés. Pour ces peuples, la mémoire de la guerre est indissociable de celle des sacrifices consentis, mais aussi des inégalités et des contradictions du système colonial. Le vote du Sénégal en faveur de la résolution s’inscrit dans cette exigence de vigilance. Le fait documenté est que Dakar a soutenu le texte en 2024 et en 2025. Pour le Sénégal, comme pour les autres pays africains qui ont participé à l’effort de guerre, préserver cette mémoire revient aussi à rappeler la place de leurs combattants dans une histoire trop souvent racontée depuis les seules capitales occidentales. Le vote du Sénégal en faveur de la résolution rappelle qu’aucune nation ne devrait rester indifférente à cette exigence.
Abdou Fall
Expert géopolitique

