LICENCES DE PÊCHE AU SÉNÉGAL : La Conaped exige l’annulation des autorisations illégale
La Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped) réclame davantage de transparence dans l’attribution des licences de pêche industrielle. À la suite des auditions menées par la commission d’enquête de l’Assemblée nationale, l’organisation demande notamment un audit de la flotte nationale, une révision de la composition de la commission d’attribution des licences et l’annulation des autorisations délivrées en violation des procédures légales.
La gestion des licences de pêche industrielle au Sénégal continue de susciter des interrogations. Dans un communiqué, la Coalition nationale pour une pêche durable (CONAPED) estime que les auditions d’anciens et d’actuels responsables du ministère chargé de la Pêche devant la commission d’enquête de l’Assemblée nationale confortent ses préoccupations concernant l’opacité du processus d’attribution de certaines licences. Saluant cette initiative parlementaire, la coalition considère que ces auditions constituent une occasion d’éclairer l’opinion publique sur les conditions dans lesquelles les autorisations de pêche sont délivrées. Toutefois, les échanges avec certains responsables de la Commission consultative d’attribution des licences de pêche (CCALP) soulèvent, selon elle, des questions sur le fonctionnement de cet organe et le respect des procédures réglementaires. Parmi les préoccupations soulevées figure l’introduction de navires dans les pêcheries sénégalaises sans que certaines conditions prévues par la loi, notamment le passage par la CCALP, aient été respectées. La Conaped s’interroge également sur l’octroi de licences sans prise en compte de l’avis du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye (CRODT). Elle appelle à ce que toute la lumière soit faite sur ces questions.
Pour un contrôle plus inclusif des licences
Au-delà de ces interrogations, la coalition plaide pour une réforme de la composition de la CCALP. Elle demande l’intégration des organisations représentatives des différentes composantes du secteur afin de garantir une participation plus équilibrée des acteurs de la pêche. Une revendication que la Conaped rattache à l’engagement n° 8 de sa Charte pour une pêche durable. L’organisation insiste également sur la nécessité de geler toute nouvelle licence concernant les stocks pleinement exploités ou surexploités, conformément à l’engagement n° 1 de cette charte. Elle estime que les décisions d’attribution doivent impérativement tenir compte du potentiel exploitable et de l’état réel des ressources halieutiques. La place accordée à l’expertise scientifique constitue un autre point de préoccupation. La Conaped relève que l’avis de la CCALP ne lie pas le ministre dans sa décision. Une situation qui, à ses yeux, pose la question de la prise en compte des analyses des différents experts composant cette commission. La coalition rappelle, à ce titre, le rôle essentiel des chercheurs du CRODT dans la production des données nécessaires à la gestion des pêcheries. Elle estime que leurs avis doivent être davantage valorisés et que les décisions qui s’en écartent devraient être dûment justifiées.
Un audit de la flotte nationale réclamé
Pour la Conaped, plusieurs de ces préoccupations auraient pu être anticipées si les engagements contenus dans sa charte avaient été appliqués, notamment celui relatif à l’audit de la flotte de pêche industrielle nationale et du parc piroguier. L’organisation réitère ainsi sa demande de réalisation de cet audit et de partage des résultats avec l’ensemble des parties prenantes. Elle réclame également la mise en œuvre de tous les engagements de sa charte, la révision de la composition de la CCALP et l’annulation des licences attribuées en violation des procédures prévues par la loi. La coalition va plus loin en demandant l’abrogation des arrêtés autorisant l’octroi ou le dégel de licences concernant des espèces pleinement exploitées ou surexploitées. Elle cite notamment l’arrêté relatif au dégel des licences de pêche démersales côtière. Au-delà de la question administrative, la Conaped souligne que l’enjeu est celui de la préservation des ressources halieutiques, des moyens de subsistance des communautés de pêcheurs et de la survie des entreprises du secteur. Une gestion transparente et durable de la pêche est également, selon elle, indispensable au renforcement de la contribution du secteur au développement national et à la souveraineté alimentaire du Sénégal. La coalition appelle, en définitive, les autorités à prendre les mesures nécessaires pour garantir une gestion transparente, inclusive et durable des ressources halieutiques, dans l’intérêt des populations sénégalaises et des générations futures.
Mame Diarra DIENG

